Cher lecteur, ce tournoi, je l'ai abordé dans la joie et la bonne humeur et sans pression aucune, tant je sais, l'expérience aidant, qu'il est à peu près inutile d'en espérer des résultats
mirobolants, vu le niveau très élevé, et la fatigue qui s'accumule d'heures en heures, surtout cette année, où il s'agissait, pour la première étape, d'enchaîner 5 parties longues en 3
jours, de plus en commençant la première ronde à...19h00 !
Depuis 5 ans que je le fais, je n'ai jamais fait mieux que 2,5/7, c'est dire....
Mais là n'est pas la question, car comme je te le disais dans mon dernier article, il s'agit surtout ici d'apprendre et de s'imposer une discipline, dans une ambiance sympa, pas loin de chez moi,
de retrouver les joueurs que j'aime bien, et d'affronter ceux que je ne connais pas encore.
Seulement voilà, je ne sais pas ce qui s'est passé, mais, à ma grande surprise, pour ce premier épisode, j'ai eu non seulement le plaisir de "me retrouver en famille" avec les joueurs du 0-0-0
bien sûr (Marc, Alain, Marina, Stéphane, Dong, Nicolas....), mais aussi ceux d'autres clubs environnants (Ris-Orangis, Yerres), de mon ancien club (Alain, Guy, Kassim) et même de mon club
actuel (Serge et son fils Quentin), mais aussi de finir la cinquième ronde avec...2,5/5, soit la moyenne, et une perf provisoire à...1575 !
C'est pourtant sans illusions aucunes que je me suis retrouvée appariée vendredi soir avec les noirs contre Alain
Barthélémy (1630), que je connais bien, et qui, malheureusement, connaît aussi par
coeur ma ligne favorite avec les blancs comme avec les noirs...
Alain, bien qu'ayant débarqué du Brésil (où il se rend régulièrement pour raisons professionnelles) quelques heures plus tôt, affichait ce soir-là une forme insolente, un calme olympien et
un sourire inaltérable, et j'ai eu bien du mal à résister au rouleau compresseur qu'il développa contre mon jeu trop positionnel : pas moyen d'attaquer, rien à faire !
Il garda l'initiative tout au long de cette longue partie (longue pour moi...) qui dura plus de deux heures, et au bout de laquelle il empocha le premier point d'une série de trois...Bilan :
0/1.
Ci-dessus, Alain à la deuxième ronde. On reconnaîtra à sa gauche le toujours souriant Dong Le Manh, que je vais affronter vendredi soir prochain avec les blancs pour la 6ème ronde....du sport en
perspective !
Le samedi matin, à ma grande surprise (ayant perdu à la première ronde, je m'attendais à affronter un adversaire
moins bien classé qu'Alain...), j'ai joué avec les blancs contre Budimir Tomovic (1672 FIDE), que
je croise aussi régulièrement, autant en individuel qu'en équipe, mais contre qui je n'avais encore jamais joué.
J'ai ouvert avec 1. d4, auquel il a répondu un peu offensif Cf6, mais là aussi, son expérience a eu raison de mon jeu trop lent et pas assez agressif.
Et c'est donc avec le bilan peu glorieux mais prévisible de 0/2 que j'ai abordé la pause de "midi", qui, vu que les parties matinales commencent à 11h00, a en fait débuté pour moi aux alentours
de 14h00.
Ci-dessus, Budimir en pleine concentration. derrière lui, de face, le jeune Louis (1609 FIDE), mon adversaire de la ronde 5.
Cette pause a été l'occasion de bavarder et de jouer quelques parties amicales avec un papa du club de....Cluses, venu accompagner ses deux fils Selvan et Anand (très prometteurs), d'échanger
avec la toujours souriante Corinne, qui accompagnait sa célèbre fille Elise, qui sévissait dans le tournoi B, puis de jouer quelques blitz endiablés avec Günther, du club de Ris-Orangis, venu
encourager ses coéquipiers Budimir et Julian.
Elle fut aussi l'occasion de féliciter comme il se doit le célèbre Marc
Perrin, tout à sa joie d'avoir battu Elise à la deuxième ronde, et de s'auto-attribuer dans la foulée le très envié titre de "Championne d'Europe Benjamine", titre qui, avouons-le, lui va comme
un gant, et valait bien que j'immortalise l'instant pour les générations à venir (ci-contre)!
Puis mon adversaire de la ronde suivante arriva, en la personne de Lou-Anne (1300), entrée en troisième ronde pour cause d'obligations scolaires, et dont c'est le premier tournoi de
parties longues.
Mais avant de nous affronter sur l'échiquier, nous avons pas mal bavardé, Lou-Anne, Elise et moi, sur un des sujets favoris des ados : les mangas.
C'est aussi ça que j'aime dans les tournois : parler d'autres choses que des échecs...alors c'est parti pour "One piece", "Hikaru no go", et autre "Hamtaro", qu'Elise ne connaissait pas, et
dont Lou-Anne nous a fait écouter le générique, ce qui m'a illico ramenée quelques années en arrière, à l'époque où mes propres enfants étaient fans, et n'auraient raté aucun épisode sous
quelque prétexte que ce soit !
Après cet épisode fort rafraîchissant, il a fallu revenir aux "choses sérieuses", et s'installer à la table 12, qui jouxtait pour notre plus grand malheur la table 11.....
Car, cher lecteur, à cette table 11 "jouait" (et tu comprendras vite pourquoi je mets ce verbe entre guillemets) un individu dont je tairai le nom (mais que tous les joueurs du tournoi C
reconnaîtront),et qui n'a cessé de se comporter de manière insupportable : tout y est passé, du jeu avec les deux mains aux commentaires sur la partie, en passant par les soupirs et autres
bruyantes expectorations, successions de coups repris ou illégaux, assassinat en règle de la pendule à grands coups du plat de la main, vissage de pièces, et j'en passe, mettant son adversaire
littéralement hors de lui (et on peut le comprendre...), mais surtout, gênant considérablement les joueurs des tables voisines....
C'est dans cette ambiance peu propice à la concentration que j'ai
joué sur 1.e4 ma sicilienne "chouia", fortement inspirée de la Sveshnikov , qui a eu l'avantage de faire perdre un temps à mon adversaire dès le 5ème coup, puis d'empêcher le roque. En
fin de partie, j'avais 3 pions de plus, mais il y avait encore du jeu, quand ça s'est singulièrement corsé à la table voisine : n'y tenant plus après une Xième incartade de son adversaire,
Vincent Leitienne, qui avait jusque là réussi à "gérer", finit par appeler l'arbitre pour demander une intervention afin de calmer l'énergumène qu'il avait en face de lui depuis plus de deux
heures...résultat : un attroupement de kibbitz, des échanges à voix haute, bref, un bordel pas possible, et Lou-Anne, déstabilisée, qui me réponds quasimment "a tempo" Tb4 au 30ème coup, alors
que j'avais...un mat en un !
Une Lou-Anne "trop dégoûtée" (ci-dessus), et je la comprends d'autant mieux que pour garder mon calme durant cette ronde, j'avais dû me lever à plusieurs reprises pour résister à l'envie de
"taire sa tête" à mon voisin, à qui mes nombreux et discrets "chut", "taisez-vous", "un peu de calme s'il vous plaît" et autres "il y a d'autres parties en cours, là !" n'avaient fait ni chaud ni
froid....
Donc, 1/3, mais pas dans la joie, lecteur, tu peux me croire....
le comble, dans cette histoire, c'est que le lendemain, c'est Vincent qui viendra "s'excuser de sa conduite de la veille", alors qu'il avait été une victime comme les autres (et même plus que les
autres, en tant qu'adversaire...) de l'attitude de celui qui ne mérite pas le titre de "joueur"....
Par contre, de la part de l'autre, pas d'excuses, tu rêves ou quoi ?
Quand on est un mufle devant l'échiquier, on l'est partout....
Et à ceux qui ne se sont pas privés pour nous dire, à Lou-anne
et à moi, qu'il "aurait fallu appeler l'arbitre", je réponds :
- au foot, l'arbitre n'attend pas qu'on l'appelle pour intervenir ;
- c'est à l'adversaire en priorité d'appeler l'arbitre ;
- c'est toujours celui (ou celle) qui appelle l'arbitre qui passe pour un emmerdeur ;
- j'ai bêtement toujours eu l'espoir que le monsieur finirait par comprendre qu'il se comportait mal (mais ça, c'est mon côté optimiste....).
Bref....
Cette troisième ronde fut aussi l'occasion de kibbitzer une très belle partie de Julian Gonzalez, un joueur sympa de Ris-Orangis, qui jouait un gambit roi dans le tournoi B, et géra une finale de
tour (mon pire cauchemar !) avec beaucoup de maîtrise (ci-dessus, Julian à droite. Debout au fond, Günther).
Dimanche matin, j'ai repris le chemin du gymnase Piat avec l'idée que
j'allais perdre ma 4ème ronde, vu qu'ayant pris la peine de consulter les appariemments sur le site du 0-0-0, je savais déjà que j'allais affronter avec les blancs un joueur de mon club avec qui
j'ai déjà joué de multiples fois, et qui connaît bien ma ligne habituelle, en la personne du jeune et très sympathique Quentin Marchal 1660 (ci-contre).
Comme je n'avais rien à perdre, j'ai tenté pour la première fois en tournoi une ouverture que je travaille depuis plus d'un an : la Bird.
Après avoir perdu le pion a à la suite d'un échange hasardeux qui laissait à mon adversaire deux pions doublés et passés sur la colonne a, et une attaque "de la mort qui tue" avec tour,
cavalier et dame sur mon roi nu, je trouve du contre-jeu en exploitant mon seul avantage, le fait que le roi soit encore au centre, en récupérant le pion a4 avec ma tour au 32ème coup,
puis en prenant le pion c6 sur échec avec ma dame au 33ème coup, et, après une série d'échecs, le pion d6, réussissant du même coup à lier dame et tour sur la colonne d, et à faire
sérieusement barrage à son attaque.
Déstabilisé par cette contre-attaque, Quentin, après avoir récupéré un pion sur échec au 38ème coup, et tout à son attaque, laissera sa dame en prise et abandonnera au 40ème coup une partie
pleine de rebondissements de part et d'autre. un 2/4 inespéré.
Et revoilà la pause "de midi"....là encore, agréable discussion avec Corinne, analyse de ma
partie précédente avec Guy, puis, à l'affichage des appariements, il fallut me rendre à l'évidence : il allait falloir m'accrocher en affrontant avec les noirs le jeune et très expérimenté
Louis Guo (1609 FIDE, ci-contre), du club de Créteil, renommé pour son "écurie" de jeunes prodiges. Ben oui, pour être classé FIDE à son âge....
Et hop, encore 1.e4, et hop, encore ma sicilienne "chouia" (qu'est-ce que j'ai à perdre ?)....ben y a pas à dire, jouer "off book", ça marche pas mal....en fait, mon début de partie a été
exactement celui de ma partie contre Lou-Anne, avec (presque) le même résultat : une forte interrogation de mon adversaire, parti pour jouer une Dragon, et tout décontenancé par mon 4. e5, qui
lui demanda tout de même 20mn de réflexion.
Comme souvent quand je joue cette ligne, la partie s'articula autour de mon pion arriéré en d6, que mon adversaire ne réussit pas à faire sauter. Jeu égal de part et d'autre, lui réfléchissant
beaucoup, moi assez peu (comme d'hab...faut pas oublier que je suis une joueuse de rapide !), nous voilà au bout de plus de deux heures de jeu avec une position morte et lui.....3mn30 restant à
la pendule !
au 33ème coup, je lui propose une nulle qu'il accepte : une excellente affaire pour moi qui n'en demandait pas tant !
Je finis donc cette première étape du tournoi avec 2,5/5, et deux parties
contre des joueurs FIDE, ce qui m'ouvre la possibilité de faire ma deuxième tranche FIDE (ma première tranche ayant été réalisée la saison dernière, justement à Evry).
Ben dis donc !
Mais ce n'est pas fini !
Ci-contre : analyse entre grozelos du tournoi A, sous le regard dubitatif du célèbre Marc Perrin. A gauche, on reconnaît Alberto David (Grand Maître), ben oui, y a pas que des mazettes au
Grand Prix d'Evry !
En lecteur attentif au détails, tu auras sûrement remarqué le dallage en forme d'échiquier....
Cher lecteur, je te donne donc rendez-vous la semaine prochaine pour la suite de mes aventures au Grand Prix d'Evry, où je rencontrerai mon ami Dong à la 6ème ronde avec les blancs. Dong qui,
toujours généreux, m'a abondamment fournie en fruits secs et autres pains au chocolat au cours de ces trois premiers jours riches en émotion, mais dont je connais trop bien le jeu si sûr et plein
d'expérience pour espérer m'en tirer facilement.
Dong qui a remporté le prix vétéran de ce tournoi la saison dernière...
Ca promet !
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