28 et 29 avril 2012, Grand Prix FFE à Nancy : les échecs en Lorraine, c'est tout de même plus cool !

Publié le par Chouia

Encore un Open, cher lecteur ?

 

Oui, mais un rapide, cette fois http://www.youtube.com/watch?v=olS_bBd7vzw, un comme je les aime :

 

- 9 rondes, ce qui permet au "yoyo" de se stabiliser, et donc d'espérer jouer des adversaires atteignables une fois les premières rondes passées ;

 

- en 15mn+3s/cp, cadence courte mais à incrément, qui évite donc les bruyants assassinats de pendule et le stress qui va avec ;

 

- à 14 euros, tarif extrêmement bas, surtout quand il est "boissons comprises" (ben oui...jamais vu ça avant !) ;

 

- 200 joueurs attendus, dont tout plein de titrés ;

 

- arbitré par Nadir Bounzou, AF1 qu'on ne présente plus : avec lui, pas de mauvaises surprises, on commence à l'heure, on finit à l'heure, les éventuels conflits sont réglés dans la minute, et avec le sourire s'il vous plaît.

 

...ça faisait pas mal de temps que je n'avais pas joué de rapide, alors que c'est mon truc, justement, les rapides.

Presque un an, déjà !

 

Oui, mais il y avait un problème : ce très tentant Open était loin.

 

Très loin, même...en Lorraine !

 

Alors il a fallu s'organiser : TGV, hôtel, jour de congés...mon joueur d'échecs préféré et moi, on a tout planifié pour conjuguer Open et tourisme.

 

Jouer, certes, mais aussi visiter, tant qu'à faire...

 

Bon, je sais bien que Nancy, vu d'ici, c'est l'Est, mais attention, hein, pas l'Est riant et folklorique de l'Alsace, l'Est austère des batailles meurtrières de la Grande Guerre et de la croix de Lorraine, l'Est industrieux et industriel des mines et des cristalleries, la Lotharingie des invasions et des villes de garnison.

 

Bon, d'accord, dans mon imagerie de la Lorraine, il y avait bien quelques éléments plus réjouissants :

 

- la quiche lorraine ;

 

- le coup du passage avec les sabots et les trois capitaines ;

 

- la mirabelle ;

 

- la bergamote ;

 

- la place Stanislas.

 

 

Mais il faut bien avouer que quand j'ai raconté à mes amis non- joueurs mon intention d'aller faire du tourisme à Nancy, j'ai eu droit à des mines apitoyées...

Déjà que pour eux, aller m'enfermer une journée, voire plusieurs, pour pousser du bois en compagnie de "nerds qui réfléchissent" (conclusion unanime après que j'aie eu "l'excellente" idée de leur montrer les photos de l'Open de Juvisy), il trouvent ça bizarre, "mais bon, c'est ta passion...." (ils sont pleins d'indulgence amusée à mon égard, quand je parle échecs).....

 

Alors "en profiter pour visiter Nancy"....décidément, c'était une "idée qu'ils n'auraient pas eue" !

 

Et c'est vrai que, dans l'imaginaire collectif du francilien de base, un week-end touristique, ça peut être :

 

- "faire les châteaux de la Loire" ;

 

- Deauville, Trouville, Villerville...en général, n'importe quelle cité normande dont le nom se termine par "ville", et si en plus il y a un festival de quelque chose, c'est encore mieux ;

 

- Beaune, les hospices, le Bourgogne ;

 

- Troyes, le Champagne, les magasins d'usine ;

 

- Lille, à la rigueur, mais alors uniquement lors de la Grand Braderie ;

 

- Avignon pendant le festival ;

 

...mais Nancy (?????)

 

Après, il y a eu les joueurs d'échecs qui m'ont prévenue : les joueurs lorrains seraient "sous-classés", des "durs-à-cuire" un peu brut-de-fonderie, aussi austères que leur région, je n'allais pas m'amuser, et de plus m'en prendre plein la tête côté perf...

 

Pour couronner le tout, la météo annonçait des orages, des averses, bref, rien d'agréable...

 

C'était assez mal parti, mon affaire, mais bon, je suis têtue (comme tous les joueurs d'échecs), alors même pas mal, j'y suis allée quand même.

 

Hé bien, cher lecteur, je n'ai pas regretté du tout !

 

Parce que Nancy, c'est beau : 

bon, alors bien sûr, pas tout Nancy, et le quartier du "Grand Nancy", lieu du tournoi, jouxtant la voie ferrée et le tramway, n'a rien à envier à certaines banlieues d'Ile-de-France, mais alors le centre historique, lui, est tout simplement magnifique. Même en s'éloignant du quartier 18ème siècle, il y a des tas de petits et grands squares arborés et fleuris, sans compter le parc de la Pépinière (avec un vrai paon qui crie "léon"), de belles perspectives, des fontaines, de très belles églises (la basilique Saint Epure !), des immeubles "Art Nouveau" de toute beauté (la Chambre de Commerce et d'industrie), et puis c'est propre, entretenu, ça change !

 

Parce que Nancy, c'est bon :

A Nancy, on mange bien. Je recommande particulièrement la Brasserie Excelsior, face à la gare, où, dans un décor Art Nouveau, le joueur d'échecs gastronome bénéficiera d'un service impeccable, rapide, et souriant, et d'une cuisine délicieuse, mais il y a aussi plein de pâtisseries aux vitrines alléchantes, des cafés sympas, et de bonnes bières, du bon vin, sans oublier la mirabelle, la bergamote, et les madeleines (Commercy n'est pas loin...).

 

Parce que Nancy, c'est accueillant :

Loin des sourires commerciaux des lieux touristiques classiques, qui ont surtout pour but de faire se délier les bourses, et disparaissent dès que "les Parigots-têtes-de-veaux/Parisiens-têtes-de-chiens" ont tourné le dos, les Nancéens, et, de manière plus générale, les Lorrains, vous accueillent simplement mais sincèrement.

Ils prennent le temps de vous expliquer leur région, et n'ont pas peur d'en évoquer les défauts "- 22 degrés cet hiver !", "aujourd'hui, il fait très beau, mais c'est exceptionnel, vous savez...".

 

Parce que ce tournoi était convivial :

Les joueurs sont sympas : pas un seul incident pendant ce tournoi, pas un seul regard méprisant de la part des grozélos que j'ai affrontés, aucune tentative d'arnaque de la part des moins bien classés.

Ici, on joue dans la bonne humeur. C'est parfois un peu bruyant (beaucoup de jeunes), mais plein d'enthousiasme et d'amour du jeu, en témoignent les parties libres et le mini-tournoi organisés le dimanche 29 par les animateurs pendant que les "grands de ce monde" s'affrontaient pour la finale dans l'amphi.

 

Parce que ce tournoi m'a fait progresser :

le niveau était très relevé, mon objectif était 2, voire 2,5. J'ai fini avec 3,5/9, en ayant flirté avec un 4,5/9 que la fatigue de la dernière ronde (jouer sans interruption de 14h00 à 21h00, c'est assez épuisant...et d'ailleurs, la prochaine fois, je prévoierai un en-cas !) m'a fait rater.

J'ai battu tous mes adversaires moins bien classés (Vincent Principato 1330, Stéphane Dagorne 1399, Tom Maietti 1450).

J'ai logiquement perdu contre (presque) tous mes adversaires mieux classés (Ekrem Cekro 2450, Valentin Battistella 1830, Frédéric Bauer 1780, Nicolas Rigaud 1910)

J'ai fait une nulle contre un adversaire à 390 points de plus (Nicolas Bulcourt 1990). Du coup, une perf honorable (1623).

Rencontrer des adversaires que je n'avais jamais joués, c'est très rafraîchissant. Depuis que je joue en compétition, je tourne régulièrement sur l'Essonne, et on finit par jouer toujours les mêmes personnes, parfois même, des joueurs de son propre club. Là, au moins, c'était la surprise à chaque ronde, du coup, pas d'a priori, ni pour eux, ni pour moi. Un 19XX ? même pas peur....

 

Et puis il y a eu de belles rencontres, comme les très motivés et souriants animateurs de Stanislas Echecs, dont le club a aligné 44 ( 44 !!!!!) joueurs, et qui voulaient m'embaucher pour donner des cours (sur le principe, je ne suis pas contre, mais Evry-Nancy, euh....comment dire ?).

 

Et aussi des trucs rigolos :

 

280420121340.jpg- comme les appariements n'étaient pas accélérés, à la première ronde, mon joueur d'échecs préféré (1720), s'est retrouvé à la première table contre...Maxime Vachier-Lagrave (1120 points de plus !!!). Avec les blancs, certes, mais...bon....il a perdu au temps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

280420121338.jpg- pendant ce temps là, je jouais à la table 23 contre un adversaire à (seulement ?) 850 points de plus, avec à ma gauche Sophie Milliet et à ma droite Almira Skripchenko. 0/1.

 

Ci-contre, le très sympathique mais très bien classé Ekrem Cekro 2450, a insisté pour poser à mes côtés avant la ronde.

 

J'ai l'air impressionnée ? ben, je le suis...il remportera tout de même un prix vétéran, derrière Ulf Andersson, 1er suédois, qu'il connaît de longue date.

 

 

 

 

 

 

- A la deuxième ronde, avec les noirs, contre un gentil papa de joueur "venu juste pour accompagner son fils", mais tout de même nanti d'un classement à 1330, et que je me devais donc de battre absolument, je me fais surprendre par une attaque-de-la-mort-qui-tue sur mon roque avec sacrifice...de tour (!!!!) qui, heureusement, ne mate pas. Chaud tout de même. On se reconcentre, on joue calmement, on gagne, mais bon, je commence à croire au "mythe du joueur lorrain sous-classé"...1/2.

 

- A la troisième ronde, avec les blancs, j'ai affaire à très forte partie. Nicolas Bulcourt 1990, aborde la partie avec beaucoup d'assurance. On sent qu'il a bien l'intention de ne faire qu'une bouchée d'une joueuse à presque 400 points de moins. Il attaque tôt, mais avec des "pièges" un peu trop connus (même à 1600...). Ca ne marche pas. Ca l'agace. J'ai un plan, ca l'agace. En milieu de jeu, je n'ai pas fait de bourde, et j'ai toujours mon plan. Que j'applique. je ne vise pas le gain, juste une nulle. Il ne trouve pas le gain, et il est mal au temps. Nous terminons lui avec 2 pions + fou, moi avec 3 pions dont deux liés inattaquables avec son fou. Son roi est derrière, à défendre ses pions, son fou ne tape dans rien, j'ai juste à attendre qu'il tombe (il me reste plus de 2 minutes, lui, 10s). Et puis je me rappelle les bourdes que j'ai déjà faites dans de telles situations...je lui propose la nulle. le temps qu'il y réfléchisse, il n'a plus que 2 secondes, il accepte.

Je ne saurai jamais si j'ai eu raison de proposer cette nulle..."un tien vaut mieux que deux tu l'auras" ? à voir...

J'ai encore pas mal de travail à faire sur l'aspect psychologique des échecs, il faut croire ! 1,5/3.

 

Frederic-Bauer.jpg- à la 6ème ronde, que vois-je ? je joue contre...Bauer ????...heureusement, une lecture plus attentive m'apprendra qu'il ne s'agit pas de Christian Bauer, mais de Frédéric Bauer 1780, homonyme très sympa, qui me dit "avoir repris récemment les échecs après plusieurs années d'arrêt". Ah oui ? et, à l'époque, il était classé combien, au juste ? "je ne sais plus, autour de 2050/2100...". Super ! Il va littéralement m'exploser d'entrée de jeu. Rien compris.

Comme la partie a été courte, il veut bien analyser et me montrer "mon" erreur (selon lui, la seule, ....quand je te dis qu'il est sympa...). Nous ne trouvons pour ce faire qu'une table parmi les dernières, entourée de parties en cours. L'analyse sera silencieuse, à grand renfort de gestes dont je crains qu'ils ne finissent par gêner nos voisins...j'ai compris ma bourde, c'est l'essentiel, mais pitié, donnez-nous une salle d'analyse la prochaine fois... 

Ci-dessus, à gauche, Valentin Battistella 1830, mon adversaire de la 4ème ronde, et à droite, Frédéric Bauer, qui m'a bien éclairée sur une erreur commise lors de l'ouverture. Merci à lui. 

 

- à la 7ème ronde, je joue avec les blancs contre le benjamin Tom Maietti 1450, qui commence par arriver légèrement en retard, en compagnie de ses copains de club, s'installe bruyamment, s'agite dans tous les sens. Quand il ne se gratte pas la tête, il se tortille sur sa chaise (voire, s'agenouille dessus), et dès que j'avance la main pour jouer mon coup, lève haut la sienne, comme s'il allait répondre a tempo (ce qu'il fait parfois). Ca a tendance à m'amuser, mais aussi à me déconcentrer. D'autant qu'il joue bien, et que vu la différence de classement, si je veux terminer à mieux que 2,5/9, et avec une perf acceptable, il va falloir m'accrocher. Je lui fais signe de se calmer, de se rasseoir. Je n'ai pas à subir ça. Il comprend, se calme. Va jouer à son niveau, qui est plutôt plus élevé que son classement ne pourrait le laisser croire (encore un Lorrain sous-classé ?), mais qui n'est pas suffisant. Comme beaucoup de jeunes, il a joué trop vite, trop sûr de lui, et très tactique, mais a négligé la structure. Il cherche le gain matériel immédiat, qu'il n'obtiendra pas, et a sacrifié pour cela sa structure de pions. De plus, j'ai deux colonnes. 3,5/9. Ouf.

 

280420121351.jpg- à la 9ème ronde, ayant perdu à la ronde précédente contre le minime Lucas Bajoni 1750, je m'attends à un appariement favorable, et c'est avec surprise que je me retrouve avec les blancs contre Nicolas Rigaud 1910 (!!!). Je ne crois pas à grand'chose, d'autant que je suis littéralement épuisée (mais bon, mon adversaire aussi, sans doute, ce qu'il confirme d'ailleurs...), mais après tout, une nulle comme celle de la 2ème ronde, hein, pourquoi pas ?

 

Je vais jouer solide. Et ça va payer. je gagne un pion, puis une qualité...je n'en crois pas mes yeux...4,5, ce serait vraiment un excellent résultat, sans parler de la perf et peut-être un prix...

Seulement voilà, en pensant à tout ça, je me désunis un peu, la concentration s'envole, je ne calcule pas le pion empoisonné que me tend mon adversaire, un piège tout bête et qui n'aurait certainement pas marché quelques rondes plus tôt...je le prends, et tout s'effondre, au grand soulagement de mon adversaire. je resterai donc à 3,5/9.

Bien fait pour moi !

 

 A gauche, mon adversaire de la 9ème ronde fête dignement son gain à l'aide d'un kir à la mirabelle.

 

Un bon tournoi donc, difficile, mais plein d'enseignements, et sans incidents...c'est rare !

 

La grille américaine, c'est ici http://echecs54.free.fr/gpffe/12grille.htm

 

Et puis le podium, bien sûr :

290420121420.jpg

 

Et puis Maxime, le vainqueur de cette étape et de la précédente, a bien voulu poser rien que pour moi (bon, d'accord, la photo est floue, mais tout de même !

 

290420121425.jpg

 

Quelques bémols cependant :

 

- les dernières tables étaient dans le hall, très bruyant en fin de ronde. N'ayant pas joué au-delà de la table 63, j'ai eu la chance de ne pas être trop incommodée, mais j'ai plaint les pauvres joueurs qui devaient se concentrer dans un brouhaha et un va-et-vient quasi-permanent ;

 

- l'absence de salle (ou même de tables) d'analyse. Même en rapide, on peut avoir envie d'analyser. Et au calme. Si.

 

- l'absence de possibilité de restauration sur place ou dans les abords immédiats. Comme je l'ai dit plus haut, les rondes se sont enchaînées sans interruption de 14h00 à 21h00. J'ai en vain cherché à me mettre quelque chose sous la dent à partir de 19h30.

 

- peu de médiatisation en dehors du strict milieu des échecs. Le tournoi n'étais même pas affiché à l'extérieur du bâtiment, au point qu'on pouvait douter qu'il s'y passe un quelconque évènement ce jour-là. Pour avoir fait une rapide enquête lors de mon séjour, personne n'était au courant, pas plus les hôteliers que les restaurateurs, ni même l'Office du Tourisme. Aucun fléchage depuis la gare. Un peu dommage, non ?

 

Mais à part ces pistes d'amélioration, si je devais mettre une note à ce tournoi, ce serait un 16/20 bien mérité.

 

Bravo donc aux organisateurs. S'ils renouvellent l'expérience la saison prochaine, je reviendrai avec plaisir en Lorraine !

 

Et puis, vous savez quoi ? Il a fait beau !!!!

Publié dans mes tournois

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