Bon alors bien sûr que j'aurais pu l'écrire hier, cet article, à chaud, à peine remise de mes émotions, mais franchement, je te le dis tout net, cher lecteur, ça ne l'aurait pas fait
!
Trop d'infos, trop d'émotions, trop de trucs à raconter, ça aurait pris des pages, et j'ai préféré me laisser un peu le temps d'atterrir pour trier tout ça et te raconter sereinement cette
deuxième étape.
A l'issue de la première étape, je t'avais laissé dans un suspense quasi insoutenable la semaine dernière....2,5/5, et la perspective d'affronter à la sixième ronde, avec les blancs, mon ami
Dong, engrangeant par la même occasion ma deuxième tranche FIDE.
Dong, je le connais bien. Si tu es un lecteur assidu, tu te rappelleras que j'avais déjà joué contre lui il y a seulement trois semaines, lors de la première ronde d'Essonne 1..., mais
ce que tu ignores sans doute, c'est que nous avons été appariés à quasimment toutes les précédentes éditions du tournoi d'Evry !
En outre, nous étions coéquipiers de N6 lorsque j'étais au Grand Roque.
Bon, alors le malheur pour moi, c'est que, depuis que nous nous connaissons, je n'avais jamais gagné aucune partie contre lui,
que ce soit en compétition ou en amical, quelle que soit la couleur, et quelle que soit la cadence, il m'a toujours régulièrement et imperturbablement battue !
De plus, il connaît ma ligne habituelle par coeur...
C'est pourquoi, vendredi soir, je suis arrivée à la table 7 bien décidée à renouveler ce qui m'avait réussi avec Quentin : tenter la Bird.
Seulement voilà, Dong n'est pas du genre à se laisser déstabiliser par une Bird, vu qu'au Grand Roque, il y a au moins deux grands spécialistes de cette ouverture : le célèbre Marc Perrin et le
souriant Alain Crétois.
Alors ça n'a pas loupé : au 27ème coup, j'avais certes réussi à ouvrir la colonne F, mais pas à la contrôler....et j'étais en train de me prendre une attaque-de-la-mort-qui-tue (encore ? ben
oui !) sur mon pauvre roi, quand mon adversaire, voulant mater rapidement, me mit en échecs un peu vite avec sa dame, m'offrant l'occasion d'une fourchette tour-dame avec mon pion g !!!! ce coup
me permit de gagner non pas une tour (faut pas rêver non plus !), mais un pion, et surtout, surtout, le contrôle de la colonne f !
Bon, en jouant calmement, c'était gagnant, mais c'était aussi tellement tendu que, la fatigue aidant (je te dis pas les montées d'adrénaline !), la bourde fatale était tout aussi possible...c'est
d'ailleurs ce qui m'était arrivé contre lui lors de la dernière édition : j'étais arrivée en finale avec un cavalier et un pion de plus, et j'avais trouvé moyen de jouer le seul coup qui perdait !
Alors, selon l'éternel principe "d'un tien vaut mieux que deux tu l'auras", j'ai proposé la nulle au 37ème coup à Dong qui l'accepta avec empressement. 3/6.

Tu connais le principe, cher lecteur : plus tu gagnes (ou plus tu fais nulle) contre des
joueurs mieux classés, plus tu décroches l'insigne honneur d'affronter des joueurs encore mieux classés....et plus tu vas galérer...forcément !
Je n'ai pas échappé à la règle : samedi matin, je me suis donc retrouvée à la table 5 contre Vajieollah Mohammad Guassemi 1664 FIDE (encore ? ben oui !), qui a ouvert sur un classique 1.e4.
Là, je ne sais pas trop pourquoi, je n'ai pas osé la Kalashnikov, ni aucune de mes fantaisies habituelles avec les noirs....intimidée, peut-être ? pas d'erreur évidente, pourtant, mais j'ai
tout de même joué en défense tout le temps, jusqu'à ce que mon adversaire sacrifie un fou et un pion pour mater en 5 coups !
Rien vu venir, moi ! 3/7.
Mon adversaire, quant à lui, terminera 5ème du tournoi, avec une perf à 1709. Bravo à lui !

A la pause de midi (enfin...de la mi-journée), j'ai retrouvé avec plaisir Corinne Bellaïche et
sa fille Elise, toujours souriantes et de bonne humeur (ci-contre). J'ai aussi échangé avec la maman du jeune et prometteur Jules Moussard, que j'ai tentée de convaincre de se mettre elle aussi aux
échecs (je crois y être
presque arrivée !), Quentin, Nicolas, et Louis, plus préoccupés de leur PSP que d'analyser leurs parties, Damien et ses deux fils.
J'avoue ne pas avoir analysé non plus....un petit sentiment de saturation, peut-être ?
Au lieu de ça, j'ai pas mal échangé à propos d'un des sujets qui me tient à coeur : la condition qui est faite aux féminines dans notre milieu.
J'ai aussi appris de Corinne pas mal de choses sur les compétitions de jeunes, et les problèmes parfois rencontrés par les parents de joueurs (et joueuses, bien sûr !).
Très instructif. C'est toujours agréable de discuter avec des gens ouverts.

A la huitième ronde, je me suis retrouvée avec les blancs, à la table 8, contre Louis
Mozzini (ci-contre), non classé, dont c'était le premier tournoi de partie longue !
Toujours difficile d'affronter un joueur non classé...
Comme nous ne nous connaissions pas du tout, je me suis dit qu'il fallait "assurer" en me remettant à jouer le pion-dame.
Oui, ben on dira ce qu'on voudra, mais je confirme que c'est toujours difficile d'affronter un joueur non classé...
Tout allait bien, jusqu'à ce que, au 24ème coup, au lieu de m'en tenir à ma ligne habituelle (monter la tour sur la colonne c pour aller chercher la 7ème traverse), je m'offre la fantaisie de céder
au péché de gourmandise en allant cueillir son pion a (empoisonné, comme de juste !) avec mon cavalier.
Je vais le payer très cher par la perte d'une qualité, puis une attaque à mort : tour, dame, cavalier dans mon camp, aucun contre-jeu !Abandon au 42ème coup.3/8. Bien fait pour moi !
Louis terminera ce premier tournoi à la 14ème place (juste derrière moi), avec 4/9, et une perf à 1426 : je dis bravo !
Et puis le dernier jour de ce long et difficile tournoi arriva. Après une bonne nuit de sommeil, j'étais bien décidée à tout faire pour gagner cette 9ème ronde, et je m'attendais vraiment à tout,
sauf, justement, à ce qui est arrivé...
Déjà, je m'étais préparée à jouer avec les noirs....ça ne faisait tellement aucun doute pour moi que je me suis même installée devant les noirs à la table 8 (encore ? ben oui : en fait,
j'ai squatté la table 8 pendant 5 rondes sur 9 !), et c'est Patrick Pigeat, 1420 (ci-dessous), mon adversaire, qui m'a fait remarquer que non, lui aussi, en était étonné, mais je jouerai bien cette
ronde contre lui avec les blancs !

Patrick avait 30 points de moins que moi : il me
fallait ce point !
Une fois n'est pas coutume, je me suis mise la pression toute seule...
Je m'attendais donc à jouer une partie longue et difficile, comme il est logique contre un joueur de même niveau et aussi motivé que soi...
Ben en fait, ça a été de loin la "partie longue" la plus courte de ma vie !
Je t'explique : tu sais que je joue vite, cher lecteur, et combien il est rare en partie longue de rencontrer des joueurs qui répondent
a tempo... et bien là, j'ai joué
contre
le seul joueur de France et de Navarre qui joue plus vite que moi !
Je ne te mens pas : on a joué un blitz !
Je ne sais pas ce qui lui a pris, peut-être s'est-il laissé emporter par mon tempo...enfin bref...
Et moi, dans la précipitation, de me perdre dans ma notation à plusieurs reprises....
A chaque fois, il me tendait avec un grand sourire sa feuille de partie pour que je recopie les coups...puis il se levait pour aller kibbitzer rapidement les parties en cours de ses trois
enfants....
Euh....je dois dire qu'à un moment, si je n'y avais pris garde, ça aurait viré au grand n'importe quoi, là...
Il a cependant joué précis jusqu'au 22ème coup, où il tenta un sacrifice de fou (soutenu par sa dame en batterie) contre les deux pions du roque, sacrifice qui se révéla vite faux ,
puisqu'après Fxh3, gxh et Dxh, Fg4 enferme la dame qu'il n'hésita cependant pas à échanger contre une tour.
Je m'attendais à un abandon, mais non, il continuera jusqu'au bout, au même rythme.
Mais pas moi : je tenais mon point, je ne le lâcherai pas : à partir de ce moment, je me suis tout de même un peu posée, là ! Mat au 39ème coup, 4/9.
Mon adversaire a terminé avec....1h32 à la pendule (pour ceux qui ne le savaient pas, nous jouions à une cadence à incrément : 1h30+30s/cp) !
Donc, je finis 13ème avec une perf à 1516, une deuxième tranche FIDE (perf provisoire 1454), de belles parties à analyser, un répertoire élargi, et l'envie de remettre ça, bien sûr
!
Pour la grille américaine, c'est là
http://www.evry-grandroque.com/ .
Et puis, il s'est passé plein d'autres trucs, qui feront l'objet d'un prochain article....
Et pour finir, quelques photos supplémentaires, histoire de te montrer un peu l'ambiance de ce tournoi.
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