Je dois te dire que je n'attendais pas grand'chose de ce rapide, cher lecteur, à part une petite "mise en jambes" en début de saison avant d'attaquer les "choses sérieuses" avec l'Open de parties
longues d'Evry (prévu à la Toussaint, et dont je te parlerai dans un prochain article), et aussi la perspective de passer un bon moment dans un cadre agréable avec des joueurs et des
organisateurs ayant un bon esprit, ce qui n'est déjà pas si mal, au fond....
Il faut te dire que ces derniers temps, côté jeu, avec les vacances et la rentrée plutôt chargée, j'ai eu tendance à ne pas jouer autant que je le voudrais, et, quand je jouais, c'était avec la
désagréable impression de stagner, voire de régresser...
Tu connais certainement comme moi ce genre de phase : on progresse, on atteint un palier, on s'y installe, et puis, sans savoir pourquoi, le jeu n'évolue plus, on est moins vigilant, on gâche
une, deux, trois parties gagnantes...et au final, on a le sentiment d'avoir "atteint ses limites"....c'est passager, bien sûr, mais tout de même assez décourageant.
Dans ce cas, il est toujours utile et réconfortant d'aller faire un petit rapide sympa avec quelques copains !
Donc, hier, c'est avec joie que j'ai retrouvé à Gif : Siegfried (de mon ancien club), et Jacques, Michel et Jean-François (tous trois d'Arpajon), d'autres joueurs (impossible de tous les citer !)
et bien sûr les deux célèbres et sympathiques Milomir et Nadir, arbitres dont la réputation d'efficacité n'est plus à faire.
Le buffet était tenu par de charmantes personnes, dont Natacha (photo ci-dessous), la fille de Milomir, dont le sourire et la bonne humeur a éclairé cette journée riche en
rebondissements.
Premier "évènement" : la rencontre avec Bachar Kouatly, personnage éminent de notre petit monde, a qui j'ai tenté vainement d'expliquer l'inanité des échiquiers féminins, des prix féminins,
des compétitions féminines....vainement, car cet homme, refusant de s'interroger sur les injustices induites par ce système, m'a opposé l'unique argument de son répertoire : "c'est
comme ça, ce sont les règles, on ne peut pas les remettre en question, il faut les respecter !"...
Super-constructif !
Exemple d'échange : tout le monde sait bien que la meilleure joueuse mondiale est de loin Judith Polgar, mais, parce qu'elle a toujours courageusement refusé de participer aux
Championnats féminins d'échecs, elle ne détient ni le titre de Championne du Monde, ni celui de Championne d'Europe : est-ce
juste ?
En effet, les détentrices de ces deux titres n'ont affronté, pour les obtenir, que des joueuses (tout cela au prétexte
que les femmes sont minoritaires), alors que les détenteurs des titres de Champion du Monde et d'Europe ont joué dans des Championnats mixtes (bien plus difficiles)...
Que dirait-on si on organisait des Championnats du Monde réservés aux noirs, aux juifs, ou aux roux, tiens, pourquoi pas ? après tout, eux aussi sont largement minoritaires, que je
sache....
Gageons que l'opinion publique crierait au scandale, au racisme, à la ségrégation...
Réponse de Mr Kouatly : "c'est comme ça, il y a des financements pour ça, ces Championnats doivent se dérouler", mais sur le fond, rien....
Comme je lui faisais remarquer que ce système aboutissait à ce que les joueuses n'étaient pas encouragées à progresser, puisque, grâce à lui, elles arrivaient à gagner leur vie en jouant à
un niveau bien plus bas que leur confrères, il a eu la réponse qui tue : "Vous dites ça parce que vous avez les moyens de vivre, il faut bien que ces femmes arrivent à vivre des échecs !"
!!!!!!!
Naturellement, face à un "raisonnement" pareil, il m'était facile de faire la réponse évidente pour toute personne sensée : "ah bon ? les joueuses, oui, mais pas les joueurs ? et pourquoi les
joueurs n'auraient pas eux aussi droit à vivre décemment des échecs ?".
Dernier "argument" de ce monsieur : "vous êtes la seule a avoir cette opinion, les autres joueuses sont très contentes de ce système".....déjà, je demande à voir, parce qu'à ma connaissance,
aucune enquête n'a jamais été faite auprès des joueuses elles-même, et deuxièmement, le problème, ce n'est pas qu'elles soient contentes ou non, c'est qu'on traite tous les joueurs de la même
manière, femme ou homme...
Une question de principe, une question de fond, que ni Mr Kouatly, ni la majorité des hobereaux de notre petit monde ne veulent se poser....
Et j'ai soudain pensé à mon fils, qui m'avait dit, en m'annonçant qu'il ne reprendrait plus sa licence, et qu'il en avait assez de ce milieu : "quand je pense au monde des échecs, je vois un
bloc de béton"....euh, pas loin d'être d'accord avec lui, pour le coup, là...
Donc, j'ai laissé Mr "bloc de béton" à ses certitudes.
Heureusement, il n'y avait pas que Mr Kouatly à Gif, et puis les appariemments ont été affichés, la journée a vraiment commencé. Un tournoi de bon niveau, difficile. Beaucoup de titrés (11
sur les 68 joueurs présents !), beaucoup de "jeunes en pleine progression", et j'ai passé mon temps sur des montagnes russes, affrontant alternativement des joueurs à moins de 1300 et à plus
de 1800 (euh....même un 2290 !)...
En première ronde, je suis tombée avec les noirs contre Guillaume Vuillecard (1220,
ci-contre), le genre de "jeune en pleine progression" qui a une grande pratique du jeu sur le web, et a décidé de commencer la compétition "en live"...j'en ai vu de toutes les couleurs, et ai
fini avec une perte qui a plombé ma perf d'entrée. 0/1.
J'ai enchaîné en deuxième ronde avec les blancs contre un poussin de Gif très prometteur (et suivi de très près par son papa...), qui m'a tendu pièges sur pièges, mais s'est laissé tenter
par la prise d'un fou empoisonné qui m'a permis un mat en 4 coups. OUF ! 1/2.
Et les montagnes russes ont commencé, avec les noirs (!) contre....Walter Leitner
(ci-contre, 2290!)...euh...c'est toujours impressionnant de voir ce genre d'appariemment s'afficher.... l'objectif est alors très simple : ne pas tomber dans l'ouverture, tenir le plus longtemps
possible, et tenter de tirer le maximum d'enseignements de ce genre de partie. Bon, alors, c'est exactement ce qui s'est passé. 1/3.
Il allait falloir se battre pour tenir mon objectif : la moyenne, soit 4,5/9...
A la ronde suivante, je suis tombée avec les blancs contre Marianne Emperor
(ci-contre, 1290), une des 4 "féminines" adultes du tournoi
, que je connais bien, mais
contre qui je n'avais jamais été appariée en tournoi jusqu'ici.
Marianne est épouse de joueur et maman de deux petites joueuses très prometteuses, c'est une joueuse positionnelle très agréable à jouer, mais redoutable, et j'ai dû batailler jusqu'au bout pour
arracher le point qui me manquait. 2/4.
Puis, après une pause "sandwich et analyse" avec un jeune joueur de Gif très enthousiaste, j'ai attaqué la 5ème ronde avec les blancs contre un joueur de Normandie (Pierre Perrot) à 1860, et là,
le blanc total : déjà, dans l'ouverture, je lâche accidentellement mon fou en f3 au lieu de g4 (!!!!), puis je perds un temps à le replacer (alors qu'à l'analyse, on a clairement vu que, même si
ce n'est pas dans ma ligne, ça se joue....), puis, 10 coups plus tard, je perds un fou net en oubliant le coup intermédiaire, et pour finir, j'offre à mon adversaire une fourchette dame-cavalier
!
Ca faisait très longtemps que je n'avais pas joué aussi mal....2/5.
Toujours les montagnes russes, avec, à la 6ème ronde, un gain avec les noirs contre la poussine Amélie (1200), puis, à la 7ème ronde, une perte avec les blancs contre un vétéran à
1850....3/7.
J'ai donc abordé la 8ème ronde avec l'idée qu'à moins d'avoir pas mal de chance, je finirai avec 4/9 et une mauvaise perf. Avec les blancs contre Victor Li (pupille, 1430), j'ai bétonné pour
obtenir mon quatrième point. 4/8.
Et me voilà appariée en dernière ronde avec les noirs (!) contre Carlos Ferreira (1840) du club de la Dame Noire, à Montigny-le-Bretonneux, sans grande illusion sur l'issue de la partie.
J'avais déjà rencontré Carlos il y a 5 ans quand je débutais en N5. Nous n'avions pas joué ensemble, mais il faisait partie de l'équipe adverse, et déjà à l'époque, j'avais pu constater son
jeu solide et son sang-froid. Depuis, il a obtenu son classement FIDE (1868), et je dois dire que, face à lui, je n'envisageais même pas la nulle qui m'aurait permis d'obtenir la moyenne.
Face à son classique 1. e4, j'ai donc joué calmement ma défense favorite (la sicilienne
Sveshnikov), et je me demande encore comment je suis arrivée à gagner la colonne e.....toujours est-il qu'en entrée de finale, j'avais bel et bien un pion de plus...et voilà que Carlos me propose
la nulle !
Tempête sous un crâne : accepter, c'était "un tien vaut mieux que deux tu l'auras", ma moyenne assurée, et une perf honorable... en même temps, un pion de plus contre un joueur à 240 points de
plus, est-ce que je saurai le jouer ?
Mais il était légèrement moins bien au temps, alors j'ai décidé de jouer pour le gain.
En finale, il s'est retrouvé avec juste une tour, et moi avec une tour et deux pions liés sur les colonnes g et h....et une sacrée poussée d'adrénaline !
Il n'a rien lâché, "ma proposition de nulle tient toujours", et a fini par tomber au temps.
Beau joueur, il m'a félicitée, et voyant mon émotion (!), m'a même fait la bise (!!!).
Autant dire que je ne suis pas prête d'oublier cette partie.
Donc, au final, 32ème avec 5/9. Inespéré....
En fait, la remise des prix a été assez longue, vu que ce tournoi est très bien
doté, notamment grâce à la participation de la CAPS (Communauté d'agglomération du plateau de Saclay), et je crois bien que le plus récompensé d'entre nous a été Jean-luc Seret, quadruple Champion
de France (80, 81, 84 et 85) et actuellement président du club de Gif (ci-contre, à droite, en compagnie de Milomir) !
La journée s'est terminée avec le traditionnel pot, pendant lequel j'ai pu bavarder un peu
avec Nadir Bounzou (ci-contre), que je connais bien, pour l'avoir croisé dans plus d'un tournoi (dont les Internationaux de blitz), et parce que, de plus, il a été mon formateur lors de mon stage
d'arbitrage il y a trois ans à Yerres.
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